Passer à « l’âge de faire »

âge de faire

La réémergence du « pouvoir d’agir »

Né de la volonté d’organiser des contre-pouvoirs citoyens (Saul Alinsky, dans les années 1920), le pouvoir d’agir (« Empowerment ») connait depuis quelques années un regain d’intérêt. L’actualisation du pouvoir d’agir a permis d’élargir la notion à un ensemble de techniques d’auto-organisation de la société civile pour pallier le désengagement des autorités publiques en matière de sécurité, de logement ou de développement économique. Que cette forme de démocratie soit octroyée (par les pouvoirs politiques) ou bien conquise, elle vise globalement à libérer les capacités créatrices des personnes. Il s’agit de révéler et/ou développer le pouvoir de faire, la capacité de transformation des personnes. Les Etablissements sociaux et médico-sociaux sont donc concernés. La loi 2002-2 affirme les droits des usagers. Comment le fonctionnement, les « habitudes », les pratiques professionnelles dans les établissements permettent-ils l’expression de ces droits ?

Renforcer les droits des usagers en passant à « l’âge de faire »

Les établissements sociaux et médico-sociaux construisent avec leurs usagers une relation particulière, faite d’accueil, de bienveillance et d’accompagnement. Selon les cas et les possibilités, cette relation est plus ou moins longue et suivie, mais elle vise à installer la confiance et le respect entre les représentants de l’établissement et l’usager. Le bien-être et les droits de l’usager sont au cœur des préoccupations communes. Cet ensemble de préoccupations vise à favoriser leur capacité à prendre des décisions, à exercer des choix de vie en conscience. L’établissement constitue alors un environnement propice au développement du « pouvoir d’agir » de la personne. Ce pouvoir d’agir s’exerce sur la vie et le fonctionnement des établissements. La révélation et l’évaluation de ce pouvoir d’agir peut utilement s’insérer dans l’évaluation externe, en ce qu’il est constitutif du droit des usagers. A notre sens, l’évaluation de la capacité d’expression des personnes ne peut se résumer à la collecte du nombre de réunions d’un conseil de la vie sociale. Seuls une démarche spécifique et un questionnement évaluatif adapté, peuvent éclairer les établissements qui le souhaitent sur le niveau et l’émergence du pouvoir d’agir de leurs usagers.

 

A titre de premier exemple, la place et l’usage d’internet et des téléphones portables dans les établissements accueillant des jeunes révèlent pour partie la capacité d’agir des usagers en modifiant par l’action les règles de l’établissement. L’évaluation des processus d’acceptation, de négociation sur leurs usages peut révéler un pouvoir d’agir jusqu’alors insoupçonné ou non mis en lumière.

Ce pouvoir d’agir s’étend bien sûr aux familles et proches des usagers, et aux professionnels. Inévitablement il interroge le fonctionnement de l’établissement et les pratiques professionnelles : Comment les professionnels résistent-ils ou s’approprient-ils les changements ? … entre maintien du cadre, soutien de l’autonomie et du pouvoir d’agir, ceux-ci se trouvent bien souvent désemparés. Comment le « savoir agir » individuel et collectif des professionnels répond-il de façon satisfaisante à ces défis, à ces injonctions qui parfois s’opposent ?

Quand nous parlons du « savoir agir des professionnels » dans le contexte de notre réflexion sur le « pouvoir d’agir des usagers », nous pensons à 2 niveaux :

  • La compétence collective de l’équipe qui, dans son fonctionnement, permet l’émergence, l’expression et la canalisation (ou la limitation), du pouvoir d’agir des usagers
  • Le pouvoir d’agir des professionnels eux-mêmes et leur capacité (collective), leur « capacitation » à, eux aussi, faire bouger le cadre que leur imposent leurs tutelles … et aussi le cadre que leur imposent leurs propres représentations collectives de leur métier (culture et habitudes)

Car, en effet, c’est bien la compétence et le fonctionnement du collectif qui seront à la fois la base de la qualité de la prestation et le socle du bien-être au travail.

 

La prise en compte du pouvoir d’agir dans l’évaluation des établissements sociaux et médico-sociaux  s’inscrit entièrement dans le cadre législatif (loi 2002-2). Elle s’intéresse aux transformations internes apportées par l’ensemble des personnes, ces transformations qui font vivre l’établissement et alimentent son projet et qui témoignent de la « capacitation » des personnes.